LE JARDIN D'EAU
C'est en 1893 que Claude Monet achète ce terrain séparé du clos normand par la petite ligne de chemin de fer et par le chemin du Roy.
C'est après de nombreuses et difficiles démarches administratives qu'il creuse ses étangs. Il construit en 1895 son fameux pont japonais aux élégantes superstructures, entièrement reconstitué aujourd'hui.
Dans la revue Jardinage, en 1924, Georges Truffaut décrit ce jardin d'eau alors dans toute sa splendeur : "L'étang alimenté par l'Epte est encadré de saules de Babylone aux rameaux dorés. Les fonds et les bords sont garnis d'une masse de plantes de terre de bruyère, fougères, kalmias, rhododendrons, azalées, houx.
Les bords des eaux sont ombragés d'un côté par des rosiers à forte végétation et l'étang lui-même est planté de toutes les variétés connues de nénuphars. Sur les berges, des iris sibirica, de Virginie, du Japon, kaempferi accentués par des pivoines en arbre, du Japon, herbacées, des groupes de cytises, d'arbres de Judée...
Une importante plantation de bambous forme un bois dense. Sur les bords encore, des pétasites à feuillage énorme, sur les pelouses des thalictrums à feuilles découpées, certaines fougères à fleurs légères et cotorieuses, roses ou blanches, des glycines... On y trouve encore des tamaris et l'ensemble est parsemé de rosiers sur haute tige et de rosiers buissonnants".
Le Jardin d'eau, au contraire du Clos normand, est asymétrique, japonisant, exotique, propre à la rêverie, tenant à cette tradition orientale de la contemplation philosophique de la nature.
Il a une importance capitale dans l’œuvre de Claude Monet. C'est là que, sa vie durant, il revient sans cesse rêver aux jeux subtils de l'eau et de la lumière. C'est là qu'il peint ses premières séries de Nymphéas et c'est à partir de ces merveilleuses toiles qu'il conçoit à la fin de sa vie, en conclusion, ses fameuses "Décorations" qui bouclent le cycle de son œuvre géniale, annonçant d'une façon irrésistible, (Kandinsky ne s'y est pas trompé), tout le mouvement de la peinture abstraite !
Il est construit en 1916, (sur l'emplacement d'une mauvaise masure) pour pouvoir peindre aisément, avec une bonne lumière, les grandes "Décorations des Nymphéas" dont le maître offrira la plus belle série à la France en 1922, à l'instigation de Georges Clemenceau. C'est donc ici le berceau du testament artistique de Claude Monet. Cet atelier, en très mauvais état, a été restauré à grand frais, grâce à deux importantes donations de Michel David Weill. Les chevalets et quelques tréteaux roulants sont encore là ainsi que le canapé, tandis que les murs sont ornés de reproductions données par Gérard Delorme, évoquant à merveille les toiles de grandes dimensions.